Kaddich du vendredi soir: debout ou assis ?
Comme chacun le sait, les Sefaradim n'ont pas l'usage de se tenir debout pendant que le Chalia'h Çibour (ministre officiant) récite le Kaddich. Cependant, on constate dernièrement un phénomène selon lequel certains ont pris l'habitude de se lever pendant le Kaddich introduisant la prière d'Arbith du vendredi soir. Quelle est l'origine de ce phénomène ? Correspond-il aux traditions ancestrales des juifs originaires d'Afrique du Nord ?
Selon le Rema (Ribbi Moche Isserlès – Cracovie 1520-1572, auteur des notes (haga ou mapa, la "nappe") sur le Choulkhan Aroukh, ayant force de loi pour les communautés achkénazes) tout membre de l'assemblée doit se lever pour chaque kaddich prononcé durant toute prière (Ora'h Hayim, 56,1). Il s'appuie sur les propos du Mordekhi (Harav Mordekhai Ben Hillel HaCohen,- Nurembeg 1250-1298 qui fut assassiné en sanctifiant le nom de D. lors du pogrom de Rindfleisch) au nom du Talmud de Jérusalem qui rapporte le récit suivant (tiré du livre des Juges 3,20) : lorsqu'Ehoud ben Gera entra dans la pièce dans laquelle se trouvait Eglon, roi de Moav avant de le tuer, il lui dit : "C'est une mission de Dieu que j'ai pour toi!" .A l'écoute de ses paroles, le roi Eglon se leva immédiatement de son siège. De cet épisode lors duquel un non-juif se tint debout en l'honneur du nom de D., Ribbi El'azar (sage du Talmud) en déduit qu'a plus forte raison, il a y lieu de se lever pour chaque kaddich où le nom de D. y est clamé. De nombreux autres décisionnaires, tels que Ribbi Menahem Azaria de Fano (Fano 1548-Mantoue 1620, talmudiste et kabbaliste italien) sont du même avis (Yonat Ilem, 99).
Cependant, Ribbi 'Haim Vital (Safed 1542-Damas 1620, kabbaliste et plus fidèle disciple de Ribbi Its'hak Louria Achkenazi, dit "Ari zal") témoigne que son maitre ne se tenait pas debout durant le kaddich et que la source du Talmud de Jérusalem citée ci-dessus est erronée et a été imprimée par erreur. Seulement dans un cas où il était déjà debout au début du kaddich, il attendait que le chalia'h tsibour ait fini pour s'asseoir. Toutes les communautés séfarades d'Afrique du Nord et celles du Moyen Orient ont adopté cet usage et ne se lèvent à aucun kaddich contrairement à l'écrasante majorité des communautés ashkénazes qui ont l'habitude de le faire.
D'où vient alors cette exception selon laquelle certaines communautés non-ashkénazes se lèvent spécifiquement pour le kaddich précédant la prière du vendredi soir ?
A la question : "l'assemblée doit elle se lever lorsqu'elle entend le kaddich et barekhou récités par le chalia'h tsibour" le Rav Ovadia Yossef zatsal, dans son Responsa Ye'have Da'at) Tome 3, O.H 4) reprend les arguments cités précédemment et amène d'autres nombreuses sources pour finalement trancher qu'il n'y a aucune obligation pour les sefaradim et communautés du Moyen-Orient. Néanmoins, en toute fin de réponse il écrit : "(Cependant) le vendredi soir, on a l'habitude de se lever pendant le kaddich et barekhou qui précèdent la priere d'Arvit, afin de recevoir le supplément de sainteté du Chabat, comme l'écrit Ribbi 'Haim Vital dans son siddour". Ces propos sont repris par son fils, le Rav Its'hak Yossef chlita, dans le Yalkout Yossef (O.H 56,11), en prenant soin de stipuler qu'il s'agit d'un usage kabbalistique.
Bien que les communautés d'Afrique du Nord suivent dans divers cas les enseignements kabbalistiques du Ari zal, elles ne le font pas de manière systématique et n'ont en aucune façon adopté cet usage spécifique. Ainsi en témoigne Ribbi Chalom Messas zatsal (Meknes 1909- Jerusalem 2003, Grand Rabbin de Casablanca, du Maroc puis de Jérusalem) :
"Concernant le fait de se tenir debout pendant le kaddich du vendredi soir : nous les sefaradim, ne nous sommes jamais levé a aucun kaddich, le Chabat comme les jours de la semaine. Ainsi était l'usage au Maroc dans ma ville natale Meknes, et seulement dernièrement certains (sefaradim) ont appris de l'usage des achkenazim de se tenir debout" (Chemech Oumagen Tome 3 O.H 78).
"On n'a pas l'habitude de se lever au moment où l'on répond barekhou (le vendredi soir) mais tout se fait en restant assis, le kaddich comme barekhou" (ibid 60).
Je me permettrais d'ajouter que dans toute ma jeunesse passée a Paris, cette coutume de ne pas se lever a été conservée et je n'ai jamais vu l'assemblée se lever le vendredi soir au moment du kaddich dans aucune communauté séfarade, qu'elle eut été marocaine, tunisienne ou algérienne.
En résumé : contrairement aux achkenazim, les sefaradim et communautés du Moyen-Orient n'ont aucune obligation de se lever pendant la récitation du kaddich par le chalia'h tsibour, sauf si l'on se trouve déjà debout, auquel cas il faudra attendre la fin du kaddich pour se rasseoir. Pour les communautés d'Afrique du Nord, il n'y a pas d'exception à la règle et l'usage est de rester assis également pendant le kaddich précédent l'office du vendredi soir.