Lettre ouverte aux juifs de Constantine de Galia Miller Sprung
Nous avons été contacté par une dame israélienne originaire des Etats-Unis. Le défunt père de cette personne était un soldat américain qui se trouvait a Constantine en 1943. Après avoir découvert les lettres de ce dernier, émue, elle décida d’écrire son émotion à la communauté juive constantinoise. Nous partageons son émotion et sommes heureux de pouvoir partager sa lettre ici.
4 janvier 2021
Chers descendants des Juifs de Constantine, Algérie
Veuillez accepter cette lettre de MERCI de la fille, des petits-enfants et arrière-petits-enfants d’un soldat américain qui a servi en Afrique du Nord pendant la deuxième guerre mondiale. Nous voulons remercier TOUTES les familles dévouées, chaleureuses et altruistes ainsi que leurs descendants qui ont ouvert leurs maisons à mon père et à tant d’autres soldats juifs pendant ces temps tellement difficiles.
Récemment, j’ai découvert que mon père, Sergeant Barney E. Miller, un sergent de l’armée américaine pendant la deuxième guerre mondiale, avait reçu un laissez-passer de trois jours pour passer Pessa’h 1943 à Constantine. Lorsque mon père et deux autres soldats juifs ont été déposés à Constantine, ils voulaient trouver une synagogue. L’une des personnes qu’ils ont rencontrées était le ‘Hazane d’une des synagogues de la ville et il les a invités à le rejoindre dans la synagogue. Cet homme merveilleux s’est assuré que mon père et ses amis avaient des sièges au premier rang pour les offices, puis les a invités à revenir chez lui en tant qu’invités d’honneur du Seder. Et bien sûr il leur a offert des lits avec matelas moelleux et une hospitalité chaleureuse.
J’ai appris tout cela grâce à des lettres que mon père avait écrites à sa famille pendant la guerre. Malheureusement, je ne les ai découvertes que plusieurs années après sa mort en 1994 et je n’ai pas pu lui poser mes questions sur les événements. Sa lettre était pleine d’éloges et d’admiration pour les juifs de Constantine. Il a décrit comment les familles de la synagogue se sont disputées pour avoir le privilège de les accueillir chez elles. Il a décrit les vêtements différents et colorés dans la synagogue et la ferveur avec laquelle les fidèles ont prié. Cela différait de la pratique de la communauté juive ashkénaze qu’il connaissait chez lui, moins “colorée” si l’on peut dire ! Il a ressenti la kavana et l’amour en écoutant les prières et en participant au Seder de Pessa’h. Il a décrit des rituels et minhagim qui lui étaient inconnus, mais aussi des rituels familiers, un lien avec les coutumes juives, peu importe où un Seder a lieu ou quelle tradition est suivie. Quel hommage à notre nation juive qu’un juif d’une très petite ville au milieu de l’Amérique puisse se sentir à l’aise d’assister à un seder avec des familles juives en Afrique du Nord à plus de 13 000 kilomètres de sa maison.
J’espérais pouvoir trouver des descendants de ces deux familles qui ont accueilli mon père (et tous les soldats juifs qui se sont retrouvés en congé à Constantine) dans leur vie : ils les ont accueilli dans leur vie et leurs maisons comme sous la ‘Houppa faite de fils (‘houtim) qui connecte tout le peuple juif depuis des milliers d’années. Je connais néanmoins quelques détails : je sais que la famille du ‘Hazane qui a accueilli mon père était une famille de ‘hazanim depuis trois générations, que le grand-père était partiellement aveugle à ce moment, que la mère du jeune ‘Hazane était décédée peu de temps auparavant. Mais je sais aussi qu’en un sens, même si je voulais trouver les familles d’accueil de mon père, il y a une vue d’ensemble : la communauté juive de Constantine a amené des dizaines, probablement des centaines, de soldats juifs chez eux en temps de guerre. Ils ont partagé avec eux ce qu’ils avaient - de la nourriture, du vin, des lits confortables, la joie des enfants qui couraient partout, la chaleur de la famille et la tradition de hakhnassat orekhim. Pour cela, je suis très reconnaissante.
Je voudrais remercier Binyamin Meir Khalifa de Constantine-Minhagim.com qui s’est efforcé de chercher cette famille et de partager ma lettre de remerciement à la communauté. J’ai notamment trouvé beaucoup d’éléments que mon père a décrit dans ses lettres sur la page des Lois de Pessa’h, dans la Haggada à imprimer notamment, ainsi que sur d’autres pages présentes sur ce beau site internet et projet.
Avec beaucoup d’amour et d’appréciation, Merci. Kol Yisrael Arevim Zeh bazeh.
Galia Miller Sprung
Tzufim, Israël
(Originaire de Los Angeles mais en Israël depuis 1970)