La birkath halebana : à partir de quand ?
En chaque début de mois, nous avons l'obligation de réciter la Birkath Halebana, la bénédiction de louange à Dieu par rapport au renouvellement du cycle lunaire. Cette bénédiction ne peut être récitée qu'à partir du moment où l'on peut profiter de la lumière reflétée par la lune. À partir de combien de jours après le Molad (le renouvellement de la lune) cette condition est-elle remplie ?
Dans le traité de Sanhedrin (41b), on trouve une controverse quant à la limite maximale de la récitation de la birkat halebana : Rav Yehouda pense qu'on peut la réciter jusqu'à seulement sept jours après son renouvellement tandis que les sages de la yechiva de Nehardea parlent d'une période allant jusqu'au 16 du mois. R' Yoel Sirkis (auteur du Bayit 'Hadach, commentaire sur les Arbaa Tourim) en déduit que selon Rav Yehouda, force est de constater qu'il est possible de la réciter avant sept jours. Il en conclut que c'est également l'avis des sages de Nehardea, n'étant en désaccord avec lui que sur la limite maximale (B.H 426). Il en résulte donc que selon le Talmud, cette bénédiction peut être récitée avant sept jours.
Le Rambam va même jusqu'à trancher qu'elle peut être récitée dès le 1er jour : "Si quelqu'un a oublié le premier jour, il pourra le faire jusqu'au seizième jour du mois pour lequel la lune se remplit complètement" (Berahot 10,17).
Cependant, R' Yossef Karo (Beith Yossef 426) rapporte les propos de Rabeinou Yona selon lesquels on peut réciter la bénédiction "qu' à partir du moment où la lumière diffusée par la lune est claire et qu'on peut en tirer profit, chose qui survient après seulement deux ou trois jours mais le premier jour, la lune est trop petite pour qu'on puisse jouir de sa lumière". Au travers de ces derniers propos, le Bayit Hadach conclut : "Ainsi avons-nous reçu de nos maitres que tel était l'usage de tout temps, à savoir de ne pas retarder la mitsva et de la réciter au sortir de Chabbat à partir du troisième jour".
Néanmoins, le même R' Yossef Karo tranche dans le Choulkhan Aroukh (O.H 426,4) qu'on ne peut la réciter qu'après seulement sept jours, se basant sur l'opinion de R' Yossef Gikatila, auteur du Chaare Ora, puisant sa source dans la Kabbale. Il écrit également qu'on ne devra le faire qu'au sortir du Chabbat, vêtu de beaux habits (ibid 2).
R' Chalom Messas prouve ainsi que l'auteur du Choulkhan Aroukh a tranché ici selon la Kabbale et à l'encontre du Talmud. Cependant, il tente de justifier sa décision en concluant de la manière suivante : "l'usage est que si après trois jours survient Motsae Chabat, nous récitons la bénédiction sur la lune selon l'avis du Bayit Hadach, du Toure Zahav, du Magen Avraham, du Peri Hadach et d'autres éminents décisionnaires. Si le temps est nuageux (de manière à ce que la lune n'est pas visible ndlr), il faudra attendre sept jours à partir du molad. Cet usage ne peut être remis en question sous aucun prétexte (Chemech Oumagen Tome I, O.H 23).
En résumé : La birkath halebana peut être récitée à partir du troisième jour après le renouvellement de la lune comme en témoigne le Talmud et de nombreux décisionnaires, Richonim et A'haronim. Selon la Kabbale, elle ne peut l'être qu'après sept jours. Les communautés d'Afrique du Nord ont l'habitude de la réciter au sortir du Chabbath à condition que trois jours soient passés depuis le molad.