Mizra’him et Yalkout Yossef

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Cette page est là pour remettre les pendules à l’heure. Allons directement au inyane : Les Séfarades ne sont pas des Mizra’him et les Mizra’him ne sont pas des Séfaradim.

Petite explication : le monde achkénaze représente (bli ayine hara !) les trois quarts du peuple juif al pi halakha aujourd’hui dans le monde (en Israël la moitié). Du coup, on a tendance à appeler le quart restant « Sfaradim ». Mais cela est faux. Le « quart restant » a des communautés bien distinctes : Sfaradim (Afrique du Nord), Yemenites, Ethiopiens, Mizra’him (orientaux), Indiens, et d’autres encore qui se différencient énormément de par leurs Minhagim, de la meme manière qu’ils different des Achkenazim. Sfarad veut dire « Espagne » en hebreu. Et cela designe les Juifs d’Afrique du Nord. Les juifs originaires d’Espagne meme sont designes « Espagnols portugais » ou « West Sephardic » car depuis l’Inquisition en 1492 ils ont emigres dans plusieurs pays tout en conservant leurs rites (en Hollande, Turquie, etc), mais le monde séfarade est reste en Afrique du Nord. Cela semble étrange a priori, mais les juifs espagnols portugais confirment ces propos.

Un autre paramètre qui aide à mélanger les Sfaradim et les Mizra’him est que les deux aires sont sous l’influence des pays arabes. mais n’oublions pas qu’entre Rabat et Baghdad il y a 6000km de difference, soit le double de la distance avec l’Allemagne 😛

Beaucoup de français (ou séfaradim d’Afrique du Nord en général) aujourd’hui « suivent le Rav Ovadia Yossef » et vont à l’encontre de nos Minhagim (dans la prière, dans leurs habitudes, dans leur façon de s’habiller, etc) sans pour autant savoir ce qu’ils font.

Le Rav Ovadia Yossef Zatsal est, sans aucun débat, le Gadol Hador, le grand de notre generation. Il a écrit un livre de Halakhot appelé le ‘Hazone Ovadia. Lorsque l’Etat d’Israel a été créé, il existait une très forte discrimination envers les non achkénazim. Les yechivot achkénazes étaient les plus solides et les étudiants devaient jusqu’à changer leur nom en nom achkénaze pour être acceptés. Rabbénou a permis de redonner de la splendeur au monde séfarade en Israel, mais aussi de ramener tous les non achkénazes perdus en recherche de tchouva sous une même bannière, grâce à ses ouvrages qui couvrent tout et qui ont été traduits dans plusieurs langues.

Mais il n’a jamais été à l’encontre des autres communautés. Des témoignages racontent que lorsqu’il venait en France, il ne s’opposait à rien car il savait que les communautés ont leurs propres Minhagim fondés sur des sources sûres. Dans l’ouvrage du Yalkout Yossef de son fils, le Richone Leçione Rav Yits’hak Yossef, à beaucoup de reprises il est écrit « ceux qui font comme cela font erreur », et les gens oublient que cet ouvrage est destiné surtout aux Mizra’him et ainsi, interprètent cet ouvrage de façon erronée et pensent qu’ils doivent le suivre dans sa totalité et abandonner leurs Minhagim.

Pour se justifier, plusieurs « arguments » viennent pour « démontrer » qu’on doit suivre « le Rav Ovadia Yossef » (remarquez bien le nombre de guillemets dans cette phrase), par exemple :

  1. C’est le gadol hador
  2. On doit adopter le « minhag Israel »
  3. On est tous juifs
  4. On est tous sefarades
  5. On ne doit pas faire de division dans le Am Israel
  6. Il apporte toutes les sources mais nos grand-parents faisaient sans comprendre et il y a surement des habitudes oubliées qui n’ont pas de source
  7. On suit le Choul’hane Aroukh

Nous allons essayer d’apporter des réponses pour faire comprendre l’importance de garder nos Minhagim.

Oui, c’est le Gadol Hador, mais ce n’est pas toute la Torah. Il y a eu dans ses ouvrages une volonté d’unifier le Am Israel en rapportant l’avis du Choul’hane Aroukh. Mais ces opinions sont là uniquement pour aider ceux qui en ont besoin. Le Beit Yossef dit lui-même que si un Minhag existe depuis des générations, alors il prend le dessus. Parfois même, le Yalkout Yossef tranche dans le sens opposé et donne l’avis de la Kabbalah. Alors oui, on est tous juifs, mais pourquoi les juifs d’Afrique du Nord devraient abandonner leurs coutûmes et devenir Mizra’him, comme des Juifs qui viennent d’Irak, de Syrie ou d’Iran ? Pourquoi les Achkénazes ne deviendraient-ils pas Mizra’him ? Ou les Ethiopiens ? Les Yéménites ? Ou vice versa, pourquoi les Mizra’him ne deviennent-ils pas Achkénazes ? C’est principalement dans les communautés d’Afrique du Nord qu’il y a cet abandon. « Suis la Torah de ta mère ». Nous avons beaucoup de Minhagei Halakha qui sont à l’encontre du Choul’hane Aroukh et bien plus anciens. Il est vrai que beaucoup d’habitudes continuent à être faites mais sans en savoir la source. Ce projet est là pour amener toutes les sources, B’H.

Quelques exemples :

  1. Baroukh Hou Baroukh Chémo. Le Rav Ovadia Yossef dit que lorsqu’on veut être inclus dans une brakha, on ne dit pas baroukh hou baroukh chémo. Mais en Afrique du nord, on le dit car ce n’est pas considéré comme une coupure. Et dans cet exemple précis, non seulement c’est une obligation de le dire, mais en plus ça suit le Choulhane Aroukh ! (שולחן ערוך או »ח קכד ה’)
  2. Il y a des familles, notamment au Maroc, qui chantent Hachem Melekh entre la brakha Hamoçi et entre la consommation du pain. Là encore, les gens abandonnent leur minhag de peur qu’ils fassent quelque chose d’incorrect. Pourtant, quel beau minhag, plein de sources kabbalistiques !
  3. Dans un siddour mizra’hi, dans la Amida, on dit, dans le paragraphe de “Atha ‘honen”, “hokhma bina vedaat”. Mais chez les juifs d’ADN (Afrique Du Nord) on dit “bina déa wehaskel”. Comme les achkénazes !
  4. Dans le birkat hamazone, beaucoup disent par exemple “bone berahamaw binyan yerouchalayim” et non pas “bone yerouchalayim”.
  5. Chez les constantinois, dans le Nichmat Kol ‘Haï, on dit le mot “Taazine” (écoute) avant “takchiv wétochia” (prend attention et délivre). On peut retrouver le mot Taazine… dans le siddour du Rav Amram Gaon, 9e siècle, le premier siddour à liturgie complète du monde ! Alors surement que le Rav Ovadia Yossef n’a pas forcement fait mention de ce détail dans ses ouvrages, mais dans la même idée, gardons nos minhagim, même si on ne sait pas toujours aux premiers abords d’où ils viennent, leur source existe.
  6. Lors de la lecture des 10 commandements, on se lève. Mais le Rav Ovadia Yossef l’interdit car on “donnerait une importance plus grande à une partie de la Torah”. Nous on se lève tout simplement pour se souvenir du don de la Torah qu’on a reçue debout (et encore, mon explication est très simpliste).
  7. et encore tellement d’autres exemples : le fait d’interdire de dire le mot “kodech” à la fin de la bénédiction sur les bougies de Chabbath (lehadlik ner chel Chabbath kodech), ou d’imposer le fait de dire la brakha avant l’allumage pour les séfarades et après pour les achkénazes (les juifs d’ADN allument et ensuite disent la brakha aussi), etc etc.

Et pour montrer que nous n’exagérons pas, voici des extraits du Yalkout Yossef concernant le langage utilisé (interdiction). Référons nous à l’édition la plus connue chez les français, celle de Gallia, bilingue.

  1. Brakhot, premier volume, “Se laver les mains avant de consommer un aliment trempé dans un liquide”, page 66, premier point : “On doit faire netilat en règle, sans berakha” (et plus loin encore, “on a l’obligation…”). Chez beaucoup de communautés d’ADN, on ne se lave les mains que pour le cèleri (carpass) lors du Seder de Pessah, c’est tout.
  2. Même livre, page 96 (ne pas traiter les aliments avec mépris), point 4 : “il faut faire attention de ne pas lancer le morceau de pain du le’hem michné aux convives, même si cela ne le détériore pas, mais de le poser sur la table”. On va être d’accord qu’il faut pas le balancer d’un ou plusieurs mètres, mais il y a une coutume ancienne de le lancer, sans tout autant le “balancer avec mépris”, et les sources sont anciennes.
  3. Cheerith yossef, premier volume, page 284 (bénédictions du matin) : “notre usage” est de dire “hama-avir… au singulier. Les français prennent ce “notre” comme eux aussi. Mais en ADN, c’est bien au pluriel qu’on prononcé ces brakhot.
  4. Chabbath, 5e volume, page 232 (lecture du hallel à Roch Hodech), second point : “Il est d’usage chez les achkénazim de dire la bénédiction likro et hahallel. Les sefaradim, eux, ont l’habitude de ne pas dire de bénédiction sur le hallel à roch hodech, selon l’avis du Rambam, et ils ne doivent pas changer”. Chez la plupart des sefarades d’ADN, non seulement on dit la brakha ligmor et hahalel quand on fait le hallel complet, mais on dit la brakha likro et hahalel quand il est court comme à Roch Hodech. Plus loin, dans le point 6, il dit qu’on a l’habitude de doubler tous les psoukim de odekha ki anitani à la fin. Certaines communautés ne doublent pas les psoukim de la fin sauf Hodou Lhachem ki tob.

Etc etc.

 

Nous ne sommes pas en train de dire que ce que nous faisons est plus correct que ce que font les Mizra’him. Le ‘Am Israel est un peuple, et il doit être uni, mais il a plusieurs couleurs, et chacun a sa particularité.

Pour plus de détails, nous recommandons de lire le livre de Rav Yossef Nakache, Yechouot Yossef, dont la problématique principale est « doit-on garder nos Minhagim ? ». Il parle de façon concise et détaillée des différents Minhagim de toute l’Afrique du Nord, du Minhag ancestral, du Minhag du Ari Zal, etc. Vous pouvez vous le procurer à la librairie Gallia (6 Rue Mea Shearim à Jérusalem, 02-537-4925) ou directement chez lui à rue Borochov 4, Jerusalem.