Histoire des Minhagim et pourquoi les garder

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Qu’est-ce qu’un Minhag ?

Un Minhag, contrairement à l’idée reçue, n’est pas simplement une habitude folklorique. Un Minhag c’est une Halakha pour une communauté prédéfinie.

L’apparition des Minhagim

La raison principale du départ des Juifs de la terre d’Israël, hormis parfois la recherche de débouchés commerciaux, est essentiellement l’exil  forcé. Depuis la destruction du premier mais surtout le second Beit Hamikdach (Temple) et avec les exils causés par les empires babylonien, perse, grec et surtout romain, les Juifs sont partis en masse dans des zones differentes. Ceux qui se sont dirigés vers le nord et l’Europe sont définis comme les Achkénazes (Achkenaz caractérisant la partie occidentale de l’Allemagne, la Rhénanie) ; certains ont essaimé vers l’ouest de l’Afrique du Nord jusqu’en Espagne, ce sont les Séfarades (Sefarad étant le nom hébreu de l’Espagne, le centre culturel de l’époque) ; un grand nombre de Juifs sont partis vers l’est (Syrie, Iran, Irak, etc) et sont appelés Mizra’hi (Orientaux, Mizra’h = l’orient, l’est); enfin de nombreuses autres communautés sont dénommées par rapport au nom du pays ou plus strictement de la ville où ils se sont installés, il en est ainsi des Juifs yéménites, éthiopiens, indiens, chinois (essentiellement à Kaïfeng), italiens, grecs… Les Juifs séfarades quant à eux sont scindés en deux grands blocs distincts, les Juifs dits espagnols et portugais qui, après les décrets d’expulsion de 1492 (Espagne) et 1497 (Portugal), ont fui vers le Nord, l’Est de l’Europe et la partie est de la Méditerranée (Pays Bas, Bulgarie, Grèce, Turquie…) et ceux qui durant toute la période de l’Inquisition et après, ont traversé la Méditerranée et se sont éparpillés dans les différents pays d’Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie, Lybie). Là ils se sont mélangés à des degrés divers aux communautés juives dont on a retrouvé trace de leur installation en Afrique du Nord durant les siècles précédents, certains même depuis l’époque du Premier Temple.

Là des habitudes diverses se sont installées. Les raisons en sont variées: le climat, la persécution des Juifs variable selon les endroits, la pauvreté, le manque de certains aliments qui a contraint à remplacer ceux habituellement requis par le rituel , etc. Le fait que des communautés juives aient évolué pendant des siècles sans aucun contact ou très peu avec les autres (et les communautés d’Afrique du Nord sont loin d’être les seules dans ce cas-là) a probablement suscité le développement de bien des facettes du peuple d’Israël. À cet égard, on rapporte que le Gaon de Vilna aurait répondu à la question suivante : « Comment se fait-il qu’il y ait autant de différences entre Achkénazim et Séfaradim alors qu’il n’y a qu’une seule Torah ? » par la remarque suivante: « Ce qui m’impressionne, c’est surtout comment des Juifs sans aucun contact entre leurs communautés pendant des siècles appliquent encore les mêmes miçvoth, la même Torah ».

Garder ses Minhagim ?

Les deux références actuelles en matière de Halakha sont le Choul’hane Aroukh et le Yalkout Yossef. Rappelons la genèse de ces deux ouvrages importants.

Le Choul’hane Aroukh

Nous avons reçu deux Toroth. La Torah chebikhtaw (écrite) et la Torah chebealpe (orale). La Torah écrite, c’est le TaNaKH (Torah – Prophètes – Hagiographes). Le Tanakh, sous l’apparence d’une histoire qui nous est racontée, est en fait le recueil de tout le pourquoi et le comment. Mais comme nous n’avons pas le discernement pour en comprendre la profondeur, la Torah orale est là pour la mettre en lumière.

Vers les débuts du calendrier commun, les persécutions furent telles que certains de nos Sages au premier desquels Yo’hanan Ben Zaccaï ont compris que la Torah orale risquait d’être perdue à jamais. Les Sages (que l’on appelle Tanaïm) ont donc décidé de la mettre par écrit. Cela s’appelle la Michna. Plus tard, la Michna étant elle aussi très complexe pour le commun du peuple, la nouvelle génération de Sages (appelés Amoraïm) ont commenté abondamment la Michna. Cet ensemble de commentaires qui s’est étalé du deuxième au quatrième siècles, constitue la Guemara. Ensuite, au cours des siècles, de nombreux Sages (Gueonim, Savoraïm, Richonim) ajoutèrent à leur tour leur propres commentaires (Rachi, Baalei Tossafot, etc) à la Guemara. Tout cet ensemble (Michna, Guemara, commentaires) s’appelle le Talmud.

Le Talmud comprend deux types de langage : la Halakha (loi) et tout ce qui n’est pas Halakha, la Aggadah (à ne pas confondre avec le récit de Pessa’h appelé Haggadah de Pessa’h).

Au tournant du dixième siècle, trois de nos Sages ont eu un impact majeur en Halakha :

  • Le Rif (Rabbi Yits’hak Alfassi), 11ème siècle, Algérie. Son oeuvre : Sefer haHalakha
  • Le Rambam (Rabbi Moche ben Maimon), 12ème siècle, Espagne. Son oeuvre : Michne Torah
  • Le Roch (Rabbi Acher ben Ye’hiel), 13ème siècle, Allemagne. Son fils, le Ba’al haTurim (Rabbi Yaakov ben Acher) a écrit le Arba Tourim

Ainsi les décisions et interprétations de la Halakha se sont succédé et empilé jusqu’au 16ème siècle lorsqu’un autre Sage, Rabbi Yossef Caro (Tolède – Safed) commente à son tour le Arba Tourim, réunit les œuvres maîtresses en Halakha analysant chaque loi depuis son origine talmudique jusqu’à sa conclusion halakhique. Le Beit Yossef était né. Il en compile ensuite les conclusions dans un ouvrage plus succinct appelé le Choul’hane Aroukh. Son oeuvre de Halakha expose les avis majoritaires et tranche selon la majorité.

Au depart, il y a eu contestation mais au fil du temps, le Choul’hane Aroukh est devenu la reference en matiere de Halakha. La contestation la plus connue est celle du Rema (Rabbi Moche Isserles, 16 siecle, Pologne) qui, tout en acceptant le Choul’hane Aroukh comme oeuvre maitresse de Halakha, a ecrit un livre, la Mapa, qui relate les minhagim achkenazes contraires a l’opinion du Choul’hane Aroukh.

Lorsque l’Etat d’Israel a ete cree, la majorite des Juifs qui modelaient le pays etaient achkenazes, et tous les non achkenazes ont quelque peu ete victimes de discrimination. C’est alors que Rabbenou Ovadia Yossef est venu et a ecrit le ‘Hazone Ovadia, pour la plupart base sur le Choul’hane Aroukh. Tous les non achkenazim se sont unis et cela a redonne une splendeur perdue par oppression au monde non achkenaze.

Mais depuis, plusieurs confusions se sont formees :

  • Du fait que, Baroukh Hachem, les achkenazes representent 2/3 – 3/4 des juifs selon les comptes actuels, tout le reste est appele « sefarade ». Ceci n’est pas exact. Rappelons que Sefarad veut dire Espagne, aujourd’hui, les Sefarades sont les juifs d’Afrique du Nord. Les Ethiopiens, les Yemenites, les Irakiens etc ne sont pas sefarades et leurs coutumes sont aussi differentes des achkenazes que des sefarades. Comme les Mizra’him et les Sefarades ont tous deux connus l’influence du monde arabe, une confusion s’est formee laissant a penser que les communautes sont les memes. Rappelons qu’il y a six milles kilometres entre Casablanca et Baghdad.
  • Le fils du rav Ovadia Yossef, rav Yits’hak Yossef a compile les decisions de son pere dans l’ouvrage appele Yalkout Yossef. Cet ouvrage a ete traduit dans de nombreuses langues, dont le francais, et beaucoup de juifs d’Afrique du Nord se sont mis a abandonner leurs minhagim pour aller vers ces pratiques majoritairement mizra’hi. Le problème de cet ouvrage est qu’il est destiné aux Mizra’hi, et comporte plusieurs fois des avis qui interdisent les opinions qui vont dans le sens de nos Minhagim. Voir Mizra’him et Yalkout Yossef.
  • Le Yalkout Yossef n’est pas toujours comme l’avis du Choul’hane Aroukh.
  • Pas toutes les communautes suivent le Choul’hane Aroukh. Les Yemenites par exemples, suivent le Rambam avec son Michne Torah. Les achkenazes suivent le Rema.

Un Minhag peut tout a fait etre a l’encontre du Choul’hane Aroukh. Lorsqu’une communaute entiere a un Minhag contre le Choul’hane Aroukh, il n’y a pas lieu de changer. Certains minhagim sont plurimillenaires et n’ont pas a etre abandonnes au profits de decisions halakhiques plus recentes.

C’est tout la le probleme de l’ecriture de la Torah Orale : lorsqu’on ecrit une decision orale, on enleve son caractere maleable et on le rend dogmatique. Malheureusement, on n’a pas eu le choix, mais c’est notre devoir d’etre souple sur le sujet.

Dans quels cas faire abstraction de ses Minhagim

Vous l’avez compris, il n’y a aucune excuse valable pour abandonner ses Minhagim. Neanmoins, certaines situations font qu’on puisse annuler ses minhagim, temporairement ou definitivement, par exemple :

  • Un converti choisira son courant, son rav et les minhagim qui vont avec
  • Quelqu’un qui revient en tchouva, qui n’a pas grandi dans le Judaisme et se sent connecte vers une branche differente de la d’ou il sait qu’il vient dans sa famille
  • Quelqu’un qui veut avancer en kabbala, par exemple qui veuille suivre les enseignements du Ari Zal, pourra avancer dans son approfondissement de la Torah et des kavanoth

Mais surtout, la Torah est la pour mettre le peuple juif ensemble, et non pas le separer. Deux situations d’exemple :

  • Lorsqu’on priera en communaute, on suivra la majorite et le Chalia’h Tsibour (officiant). On priera dans son rite mais on suivra la communaute (la plupart du temps ca ne pose pas de reel probleme en dehors des yamim noraim -jours entre Roch Hachana et Kippour- entre achkenazes et non achkenazes).
  • Lorsqu’on est invite, on respecte l’hote. Si quelqu’un mange de la viande exclusivement ‘halaq, mais pas son hote, tant que ca reste cacher, l’invite mangera sans avoir peur de transgresser la Halakha. Certains cas sont differents (kitniyot -legumineuses- pendant Pessa’h) et les differents cas sont a etudier aupres de rabbanim et de livres de Torah.