Quelle berakha pour les lumières de ‘Hanoucca ?

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La miçva centrale de la fête de ‘Hanoucca est bien évidement l’allumage des lumières durant les 8 jours qui la composent. S’il n’y a aucune discussion sur le fait de devoir réciter deux (trois le premier soir) bénédictions, on trouve une controverse quant à la formule concernant la première. Quelles sont les deux versions d’usage aujourd’hui et quelle est la plus adaptée au regard de nos maîtres ?

R’ Yossef Karo dans le Choul’han Aroukh (O.H 676,1) écrit que la bénédiction qui doit être prononcée avant l’allumage est « lehadlik ner hanoucca ». R’ ‘Haim David Azoulay, Ha’Hida, approuve cette formule et rappelle qu’il s’agit de celle du Ari zal. De plus, il l’oppose à celle prononcée avant l’allumage des lumières de Chabbat, « lehadlik ner chel Chabbath » en expliquant que du fait qu’il est interdit de tirer profit des lumières de Hanoucca, la formule qui convient est « ner hanoucca », à savoir, qu’elles sont consacrées exclusivement à la mitsva, ce qui n’est pas le cas pour Chabbat ou il l’allumage a été instauré justement pour qu’on jouisse de la lumière (Birke Yossef, 676,1).

Par ailleurs, selon la Kabbale, cette formule correspond aux initiales d’un des noms saints : Na’HaL = Lehadlik Ner ‘Hanouka qui découle des initiales Notser Hessed Laalafim.

Dans son ouvrage Ma’hzik Berakha (676,א’), il ajoute une explication supplémentaire selon laquelle l’allumage des lumières à Hanoucca est la seule mitsva pratique, contrairement au Chabbat ou les actions sont nombreuses, comme par exemple les repas, le kiddouch etc… et la mitsva d’allumer les lumières de Chabbat n’en n’est qu’une parmi les autres. Ainsi pour le Chabbat, la formule est « lehadlik ner chel Chabbath », sous-entendant que de même qu’il y a le kiddouch du Chabbat, les repas du Chabbat, il y a aussi les lumières du Chabbat.

Contrairement à Hanoucca où la seule action est celle d’allumer les lumières.

Cependant l’usage de la quasi-totalité des communautés d’Afrique du Nord est « lehadlik ner chel hanoucca », comme en témoigne R’ Yossef Messas dans son livre « Ner Mitsva » consacré aux lois de Hanoucca. Il ajoute que ceci est la formule énoncée par le Talmud de Babylone ainsi que celle rapportée par « les trois piliers de l’enseignement » : le Rambam, le Rif et le Roch. Elle est également celle prônée par la plupart des Richonim tels que Baal Halakhot Guedolot, Rachi, Chibolei Haleket, et R’ Yaacov Baal Hatourim et tant d’autres. De même, c’est la formule adoptée par les communautés achkénazes et yéménites.

Néanmoins, dans le Talmud de Jérusalem (Soucca III,4), on trouve la formule suivante : « al mitsvat hadlakat ner hanoucca ». R’ Yossef Karo dans le Beith Yossef (676), repousse la formule « al hadlakat » tranchant en faveur de la version « lehadlik« . Quoiqu’il en soit, selon cette source tirée du Talmud de Jérusalem, la formule est « ner hanoucca » sans ajout du mot « chel ». C’est aussi la version que l’on retrouve dans le siddour de R’ Saadia Gaon.

Il est curieux de remarquer que le Beth Yossef (commentaire rédigé par R’ Yossef Karo) n’émet aucune objection quant à la version « ner chel hanoucca » rapportée par le Tour. R’ Yossef Messas (Ner Mitsva p.31) en déduit que lorsqu’il écrit « lehadlik ner hanoucca » dans le Choulkhan Aroukh, il n’a pas l’intention de trancher en faveur de cette formule précisément mais son sujet porte uniquement sur l’ordre des trois berakhot, et il n’attache aucune importance à la formule elle-même et toutes les deux (« ner hanoucca » ou « ner chel ‘hanoucca ») sont correctes.

Il semble donc que les deux formules soient toutes les deux très anciennes. Celle du T. de Babylone étant « ner chel hanoucca » et celle du T. de Jérusalem « ner hanoucca ». Selon la tradition, on aurait dû s’attendre à ce que les achkenazim suivent la version du T. de Jérusalem et les séfaradim (tout du moins une certaine partie d’entre eux) celle du T. de Babylone. Tout comme pour la divergence d’usage à savoir si chaque membre de la famille doit allumer pour soi-même ou seul le maitre de maison doit le faire, où les achkenazim agissent selon l’avis du Rambam qui était-lui-même séfarade et les séfaradim selon l’avis des Baale Hatossafot (issus d’Europe achkénaze), il semblerait que nous soyons confrontés à un nouveau miracle de Hanoucca …

 

En résumé : la plupart des communautés séfarades, en particulier celles originaires d’Afrique du Nord utilisent la formule « lehadlik ner chel hanoucca ». Ainsi, toute personne ayant un usage familial devra évidemment le préserver et le suivre. Dans le cas contraire, il faudra préférer cette formule.

 

Par Nathaniel Zerbib