Le Hallel abrégé, avec ou sans brakha ?

Constantine Minhagim est un ensemble de ressources bénévole, néanmoins il a besoin de vous pour survivre. Nous comptons sur vos dons.
קונסטנטין מנהגים פרויקט מתנדבים, אבל צריך את העזרה שלכם. אנחנו סומכים על התרומות שלכם.

Il existe deux sortes de Hallel : le Hallel complet, qui se récite les jours de fêtes, à ‘Hol Hamoed Souccot,  ‘Hanoucca, Yom Haaçmaouth et Yom Yerouchalayim (selon le grand Rabbinat d’Israël, certaines communautés ont cependant l’usage de le réciter sans bénédiction avant et après), et le Hallel abrégé, lu a Roch ‘Hodech et ‘Hol Hamoed Pessah. Si pour le premier, toutes les communautés sans exception prononcent la berakha, le dernier suscite une discussion quant à l’obligation de le faire. Tentons de comprendre quelle est l’origine de cette divergence d’opinion et de discerner l’usage à adopter.

Dans le traité de Taanit (28b), il est écrit que lorsque Rav (175-219, éminent amora, sage du Talmud en Erets Israel) arriva en Babylonie, il vit que la communauté commença à lire le Hallel à Roch ‘Hodech et voulu immédiatement les en empêcher. Lorsqu’il se rendit compte qu’ils omettaient certains passages, il en conclu que c’était l’usage de leurs anciens.

De ce récit, plusieurs Richonim (sages médiévaux), dont le Rashba, le Ran et le Meiri déduisent qu’en Erets Israel, le Hallel n’était pas du tout lu à cette époque les jours de Roch Hodech.

Il en résulte que l’usage actuel répandu dans toutes les communautés qui est de le prononcer trouve son origine dans la tradition babylonienne. (De nombreuses traditions d’Erets Israel, comme par exemple la lecture de la torah selon un cycle de trois ans  ont disparues au cours de l’Histoire, notamment suite aux croisades destructrices en toute fin du XIe siècle).

Le texte talmudique ne révèle pas si la berakha sur le Hallel abrégé était récitée. Néanmoins, on trouve des témoignages de l’époque des Géonim (sages précédant les Richonim) qui prouvent qu’elle l’était. C’est l’avis de Rav Hai, Rav Netourai (Otsar Hageonim 40) et Rav Saadia Gaon dans son sidour. De même, un nombre considérable de Richonim (Rabeinou Hananel, le Rif, le Roch, Rabeinou Yona, Rabeinou Tam, R’ Yehouda Halevi dans le Couzari et tant d’autres) pensent qu’il faut la prononcer.

Seuls le Rambam (Berakhot 11,16; Hanouca 3,7), le Ramban (d’après le Ran) et Rachi (d’après Mahzor Vitri 226)  tranchent le contraire, prétendant qu’on ne peut pas faire de berakha sur un minhag.

Dans les lois de Roch Hodech, le Choulhan Aroukh écrit : « Certains pensent que l’assemblée doit réciter la berakha « likro ète ha-hallel » mais quelqu’un priant sans minian ne devra pas la prononcer et d’autres pensent qu’il ne  qu’il ne le faut pas, tel est l’avis du Rambam et ainsi agissent les communautés d’Erets Israel et à ses alentours » (O.H 422,2). A priori, il tranche comme le Rambam de par la règle d’après laquelle lorsqu’il écrit « certains pensent » et « d’autres pensent », la halakha va selon comme l’avis rapporté en dernier lieu. Cependant, cette règle ne fait pas l’unanimité au sein des décisionnaires (voir Yad Malakhi 13, Sde Hemed 14).

Le Yalkout Yossef (Chabbat 5, p.287) tranche qu’il ne faut pas la réciter s’appuyant sur les propos du Rambam. Cependant, la majorité des communautés séfarades d’Afrique du Nord, d’Amsterdam et les descendants des juifs expulsées d’Espagne de Londres etc. ont l’habitude de réciter la berakha « likro ète ha-hallel » sur le Hallel abrégé et ce, depuis des siècles avant la rédaction du Choulhan Aroukh.

R’ Chalom Messas (Chemech Oumagen I O.H 2) rapporte les deux usages et atteste que dans tout le Maroc, l’habitude était de la prononcer et que la règle qui veut qu’on s’abstienne de prononcer une berakha en cas de doute ne s’applique pas lorsqu’il y a minhag (position partagée par le Yalkout Yossef lui-même).

En résumé :

La plupart des communautés séfarades, en particulier celles originaires d’Afrique du Nord récitent la berakha « likro èth ha-Hallel » avant la récitation du Hallel abrégé. Une personne qui prie sans miniane devra s’en abstenir. 

Note: La bénédiction qui clôture la lecture du Hallel (« Baroukh ata … meleh mehoulal batichbahot ») sera récitée exactement dans les mêmes conditions que celle d’introduction (« likro/ligmor ») traitée dans cet article. 

Par Nathaniel Zerbib