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C’est avec émotion que j’écris le premier « article » du site. Bienvenue sur Constantine-Minhagim.com. Vous trouverez ici énormément de minhagim centrés sur Constantine (Algérie) mais beaucoup sont commun à l’Algérie ou l’Afrique du Nord. Il y a aussi la ‘Hazanoute. Le site contient des enregistrements de ‘Hazanim.

Le but de ce site est multiple : redécouvrir nos Minhagim, ainsi que les sources dans les écrits de la Torah de ces Minhagim (sans oublier nos traditions culinaires !). Avec le temps, l’Aliyah, l’avis de décisionnaires récents et de fausses excuses, beaucoup se perd.

Je vais partager un article que j’ai écris en public sur Internet en réponse a l’organisme connu Torah Box qui représente bien la situation actuelle :

— Début de citation

À partager intensément.
Lettre ouverte à Torah Box et à leurs lecteurs. Par Binyamin Meir Khalifa.

Bonjour,

Je suis très blessé de la tournure des évènements.
Voici ce qui s’est passé ces derniers jours :

J’ai écrit sur Facebook un message disant “je respecte énormément le travail de Torah Box qui aide des milliers de juifs français à se rapprocher de la Torah, mais je critique le fait que les réponses soient orientées mizrahi, sachant que tous les français séfarades sont d’Afrique du Nord”.

J’ai eu une première réponse sur Facebook de M.-Rav « A ». Mon message Facebook a été re-posté en tant que question sur le site de Torah Box et j’ai reçu une réponse presque identique copiée collée par email (donc sur le site de Torah box) de la part de M.-Rav « B ». J’ai appelé sur le champ le service téléphonique de Torah Box et j’ai eu une conversation sympathique de M.-Rav Gabriel Dayan.

La réponse sur Facebook et sur Torah box des deux premiers cités était complètement à côté de la plaque. Je cite quelques extraits qui m’ont particulièrement blessé :

1) “ Il est faux et méprisant pour le Kvod haTorah de prétendre que le Rav Ovadia Yossef a voulu imposer des coutumes irakiennes ou autres, d’autant plus qu’il a toujours encouragé chaque communauté à respecter ses coutumes telles que la prononciation dans la prière où des Minhaguim existaient déjà avant le Choul’han Aroukh”
Mais OÙ dans ma question je parle du Rav Ovadia Yossef ? OÙ ? Donc maintenant je méprise le Rav Ovadia Yossef ? Je le considère moi aussi comme le Gadol Hador, le grand de la génération. Je sais qu’il venait en France et respectait les minhagim de chacun. De plus, dans un état construit par une majorité ashkénaze, il a redonné un flambeau au monde non ashkénaze. J’exige une excuse.

2) “La meilleure chose est d’étudier avec honnêteté les livres écrits directement par le Rav Ovadia Yossef où il pose clairement les règles de sa Psika (voir Hakdama de Halikhot Olam, Yabia Omer, ‘Hazon Ovadia). Qu’Hachem nous donne juste le mérite de bien les comprendre”.
Alors maintenant mon message sur Facebook fait de moi un juif dont l’étude est malhonnête ? J’exige une autre excuse. Encore une fois je répète, pas une fois le Rav Ovadia Yossef n’a été cité dans mon court message.

3) “Le Rav Ovadia Yossef et ses décisions se sont imposés d’elle-même au Peuple d’Israël qu’il a unifié car il a écrit dans tous les domaines de la Halakha”. C’est faux et archi faux. Ce n’est pas parce que le Rav Ovadia Yossef est le Gdol Hador que soudainement les juifs d’Afrique du nord doivent le suivre. Akhdout (unité) ce n’est pas akhidout (unification équitaire). Il y a un mélange en Israël où on pense que “Edote Hamizrah” c’est pareil que “séfarade” ou alors que c’est très très proche. Non. Un juif séfarade d’Afrique du Nord est tout autant différent qu’un juif mizrahi (mizrah, l’est, l’orient, mizrahi, oriental, il y a 6000 kilomètres entre Baghdad et Casablanca, et des fois les minhagim sont même plus proches des ashkénazes que des mizrahim) qu’un juif ashkénaze, éthiopien, yéménite, ou même espagnol-portugais, grec ou italien.

4) Après mon propre retour et des retours d’autres personnes, M.-Rav « A » n’est pas revenu vers nous. J’ai seulement eu après quelques jours la surprise de voir mon message sur Torah Box. Ca c’est malhonnête. Il y a des gens qui demandent à être répondus en privé et on prendrait mon message sans que je le sache et on le poste publiquement hors de contexte sur un site public ? J’exige une autre excuse.

Partie II :

Maintenant que j’ai assez (trop !) parlé de pourquoi j’ai été blessé, je vais en venir au sujet principal : l’enseignement de Torah Box.
Je veux d’abord poser des bases :
A) Torah box est extraordinaire, et des milliers de gens se rapprochent de la Torah grâce à eux.
B) Le Rav Ovadia Yossef est sans contexte le grand de la génération.
C) Bien qu’il est écrit dans le Yalkout Yossef que le Rav Richone Letsione Yits’hak Yossef suit les décisions de son père, il est bien plus tranchant que ce dernier, et à beaucoup de reprises, il condamne la pratique de certains minhagim que son père dans ses ouvrages dont le ‘Hazone Ovadia ne condamnait pas.
D) Nous nous concentrons sur la manière de donner des réponses aux gens, c’est-à-dire de leur donner les minhagim d’ADN en premier lieu. Nous excluons les deux types de questions suivants : lorsque que quelqu’un vous demande un minhag précis, nous savons que vous vous tenez à la question et vous donnez la réponse en fonction du minhag demandé. Ensuite, si quelqu’un vous demande “peut-on lire un tehilim sur le téléphone chabath”, selon toutes les opinions c’est interdit évidemment. On ne parle que lorsque que quelqu’un vous pose une question de façon générale et dont la réponse nécessite une diversité car elle diffère suivant les minhagim.

Voici ma remarque et ma demande à Torah Box :

Torah box, sous prétexte de akhdout (unité) et de simplification, publie des halakhot suivant la Edote Hamizrakh.
Il est vrai que rapporter une opinion simplifie les choses, et que l’Afrique du nord contient énormément de minhagim différents au sein même de villes du même pays (Alger, Constantine, Oran, Djerba; Tunis, Casablanca, Fez, etc). Mais quitte à simplifier, il est faux de prendre l’opinion Mizrahi. Il faudrait prendre la communauté marocaine, qui est majoritaire ! (je suis moi-même constantinois donc on ne pourra pas m’accuser de prendre parti).

“Garde la Torah de ta mère”.

Plusieurs fois des amis sont venus vers moi et m’ont dit “on fait comme ça”, ou “ce que tu fais c’est interdit”. Je leur réponds :
– “Non, c’est mon minhag”. Ils répondent :
– “Je te dis que c’est interdit ! Regarde, ils l’ont publié sur Torah Box”.
– “Mais Torah Box ne rapporte pas d’autres minhagim, juste un seul”
– “Ils prennent de Rav Ovadia Yossef, du Choulhane Aroukh”.
– “Et alors ? Mon père et grand-père ne faisaient pas comme ça”
– “Oui mais nos parents et grand-parents ne savaient pas ! Et puis c’est le Choulhane Aroukh”
Vous voyez où je veux en venir ? Les gens simples pensent que c’est l’unique vérité. Plusieurs choses peuvent être soulignées ici : tout d’abord, que Torah Box et le Rav Ovadia Yossef sont la référence absolue. Deuxièmement, que le Rav Ovadia Yossef c’est le Choulhane aroukh. C’est faux, on sait très bien que selon sa psika, il va parfois à l’encontre de ce dernier. Et enfin “nos ancêtres ne savaient pas”. Ils savaient très bien qu’ils gardaient une massorète qui remonte à des siècles, mais ils ne connaissaient pas tous la source dans le texte, nuance, de “simples” ils sont passés à “simplets”, c’est une insulte envers eux.
Alors évidemment, c’est pas votre faute, mais ça prouve qu’il y a quelque chose à changer, il faut réagir. “Garde la Torah de ta mère”. Un minhag, ce n’est pas une habitude folklorique, c’est une halakha pour un ensemble de communautés au sein du peuple juif. On sait même qu’à l’époque des tribus il y avait des minhagim. Le peuple juif est un peuple uni, mais avec différentes couleurs. Jamais on ne verra un ethiopien devenir ashkénaze ou mizrahi. Pourquoi les juifs d’Afrique du nord prendraient le rite mizrahi ? Dans le chant, c’est différent (musique arabe mizrahi contre musique andalouse, espagnole, christiano-musulmano-juive), dans la cuisine aussi, et enfin, dans les halakhot, oui, aussi très différent.

Maintenant, quelques exemples précis de halakhot pour illustrer mes propos jusqu’à présent très généraux :

1) Baroukh Hou Baroukh Chémo. Le Rav Ovadia Yossef dit que lorsqu’on veut être inclus dans une brakha, on ne dit pas baroukh hou baroukh chémo. Mais en Afrique du nord, on le dit car ce n’est pas considéré comme une coupure. Et dans cet exemple précis, non seulement c’est une obligation de le dire, mais en plus ça suit le Choulhane Aroukh ! (שולחן ערוך או »ח קכד ה’)

2) Il y a des familles, notamment au Maroc, qui chantent Hashem Melekh entre la brakha Hamotsi et entre la consommation du pain. Là encore, les gens abandonnent leur minhag de peur qu’ils fassent quelque chose d’incorrect. Pourtant, quel beau minhag, plein de sources kabbalistiques !

3) Dans un siddour mizrahi, dans la Amida, on dit, dans le paragraphe de “Ata honen”, “hokhma bina vedaat”. Mais chez les juifs d’ADN (Afrique Du Nord) on dit “bina déa wehaskel”. Comme les ashkénazes !

4) Dans le birkat hamazone, beaucoup disent par exemple “bone berahamav binyan yeroushalayim” et non pas “bone yeroushalayim”.

5) Chez les constantinois, dans le Nichmat Kol Haï, on dit le mot “Taazine” (écoute) avant “takshiv vétoshia” (prend attention et délivre). On peut retrouver le mot Taazine… dans le siddour du Rav Amram Gaon, 9e siècle, le premier siddour à liturgie complète du monde ! Alors je ne pense pas que le Rav Ovadia Yossef fait mention de ce détail dans ses ouvrages, mais j’écris ceci dans la même idée, gardons nos minhagim, même si on ne sait pas toujours aux premiers abords d’où ils viennent, leur source existe.

6) Lors de la lecture des 10 commandements, on se lève. Mais le Rav Ovadia Yossef l’interdit car on “donnerait une importance plus grande à une partie de la Torah”. Nous on se lève tout simplement pour se souvenir du don de la Torah qu’on a reçue debout (et encore, mon explication est très simpliste).

7) et encore tellement d’autres exemples : le fait d’interdire de dire le mot “kodesh” à la fin de la bénédiction sur les bougies de Chabbath (lehadlisk ner shel shabbath kodesh), ou d’imposer le fait de dire la brakha avant l’allumage pour les séfarades et après pour les ashkénazes (les juifs d’ADN allument et ensuite disent la brakha aussi), etc etc.

Et pour montrer que je n’exagère pas, voici des extraits du Yalkout Yossef concernant le langage utilisé (interdiction). Je vais me référer à l’édition la plus connue chez les français, celle de Galia, bilingue.
A) Brakhot, premier volume, “Se laver les mains avant de consommer un aliment trempé dans un liquide”, page 66, premier point : “On doit faire netilat en règle, sans berakha” (et plus loin encore, “on a l’obligation…”). Chez beaucoup de communautés d’ADN, on ne se lave les mains que pour le cèleri (carpass) lors du Seder de Pessah, c’est tout.
B) Même livre, page 96 (ne pas traiter les aliments avec mépris), point 4 : “il faut faire attention de ne pas lancer le morceau de pain du lehem michné aux convives, même si cela ne le détériore pas, mais de le poser sur la table”. On va être d’accord qu’il faut pas le balancer d’un ou plusieurs mètres, mais il y a une coutume ancienne de le lancer, sans tout autant le “balancer avec mépris”, et les sources sont anciennes (c’est vous les rabanim, pas moi, je n’ai pas toutes les sources à disposition, si vous les avez dans votre réponse, ce sera encore mieux pour les lecteurs).
C) Cheerith yossef, premier volume, page 284 (bénédictions du matin) : “notre usage” est de dire “hama-avir… au singulier. Les français prennent ce “notre” comme eux aussi. Mais en ADN, c’est bien au pluriel qu’on prononcé ces brakhot.
D) Chabbath, 5e volume, page 232 (lecture du hallel à Roch Hodesh), second point : “Il est d’usage chez les ashkénazim de dire la bénédiction likro et hahallel. les sefaradim, eux, ont l’habitude de ne pas dire de bénédiction sur le hallel à roch hodech, selon l’avis du Rambam, et ils ne doivent pas changer”. Chez la plupart des sefarades d’ADN, non seulement on dit la brakha ligmor et hahalel quand on fait le halel complet, mais on dit la brakha likro et hahalel quand il est court comme à Roch Hodech. Plus loin, dans le point 6, il dit qu’on a l’habitude de doubler tous les psoukim de odekha ki anitani à la fin. Certaines communautés ne doublent pas les psoukim de la fin sauf Hodou Lhashem ki tob.
Etc etc.

Et enfin, des exemples de graphiques publiés (et c’est ça qui a le plus grand impact sur le grand public et qui est re-partagé partout) :

I) http://www.torah-box.com/docs-hizouk/Feuille-de-miel_Roch-Hachana.pdf le document sur le seder de Roch Hachana “suivant le Ben Ish Haï”. Là encore un géant de la Torah que j’adore, mais les juifs d’ADN ne font pas pareil. Chez la plupart on ne fait pas loubia (haricots blancs), mais on fait sur le sésame.

II) http://www.torah-box.com/docs-hizouk/omer-permis-interdit.pdf le Omer. L’interdiction de se couper les cheveux concerne aussi les femmes pour de nombreuses communautés. Ou encore l’interdit d’écouter de la musique n’est pas si tranché.

III) Toujours sur le même document : “Yom Haatsmaout : Il est interdit de se couper les cheveux et de se raser la barbe le 5 Iyar, fête de l’indépendance de l’état d’Israël, comme certains se l’autorisent. De même, il ne faut pas célébrer de mariage ce jour là, conformément à la tradition. ” Les rabbanim d’ADN et surtout d’algérie étaient extrêmement sionistes et ce jour est célébré depuis 1947. Le terme “comme certains se l’autorisent” est même insultant, car ceux qui se l’autorisent se basent sur des rabanim qui n’ont besoin de l’approbation de personne.

Etc.

Mon message n’est pas pour créer une dispute, et je pense que le ton respectueux de mon message montre bien ce qu’est réellement ce dernier : un cri à l’aide, de mes frères de Torah Box, d’aider nos frères juifs français séfarades à continuer les minhagim qu’ils ont pratiqué pendant des générations, sans leur dire “c’est faux”, et perpétuer la torah de nos mères et de nos pères, une couleur magnifique au drapeau multicolore du peuple d’Israël.

J’ajouterai la mention de mon projet : j’ai créé il y a deux ans un site internet sur la hazanoute de Constantine. Il a tellement eu de succès Baroukh Hashem (sur 100 morceaux, plus de 26 000 écoutes) qu’une équipe s’est formée et on essaie de sortir un site plus grand sur les minhagim halakhiques constantinois (le but étant d’élargir à toute l’Algérie voire toute l’Afrique du Nord). Y a-t-il des volontaires pour aider ? Ce site rassemble des sources toraniques sur tous les minhagei halakha qui diffèrent du Choulhane Aroukh et du Rav Ovadia Yossef. constantine-tefilot.com et constantine-minhagim.com

Hashem vous bénisse à tous, amen.

— Fin de citation.

De nos jours, beaucoup de français oublient d’où ils viennent et se font convaincre facilement. Soyons fiers de notre héritage, constantinois, Afrique du Nord, mizra’hi, achkénaze, éthiopien ou peu importe d’où dans le monde. Constantine Minhagim est là pour faire partie de cette mission. Je remercie Hakadoch Baroukh Hou pour m’avoir donné la possibilité d’entamer ce projet. Avec Son aide, nous arriverons à garder la Torah de notre mère, tous les Juifs du monde entier.

Binyamine Meir Khalifa